[alerte] - JM Bérard - 19 février 2015

Sommaire

C'est beau

À savourer

L'homme augmenté

Informatique, fichiers et libertés vs liberté et sécurité

La réforme ? Oui, mais vers où ?

À propos de [alerte]

Le nuage de [alerte]

Fonctionnement de la lettre [alerte]

Fin


C'est beau

Une photo fait partie intégrante de cette lettre. Je place la photo dans le nuage. Pour accéder au nuage cliquez sur

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puis simple clic (simple) sur l’icône parhélie

ATTENTION cette photo n'est pas libre de droits.

Il s'agit d'une photo prise à St Jean d'Arves en Savoie par l'un de mes amis, remarquable photographe. En l’occurrence il ne s'agit pas seulement de l'art du photographe : ce que l'on voit est un phénomène réel de parhélie. Hommage à lui d'avoir su remarquer ce phénomène. Jusqu'à ce jour j'ignorais l'existence de ce phénomène. On voit trois soleils, un au milieu, un à droite, un à gauche et un grand halo circulaire aux couleurs de l'arc en ciel. Ce n'est pas un arc en ciel, car pour voir un arc en ciel il faut avoir le soleil derrière soi. Rare et superbe. Cette photo est plus belle que celles qui ont été mises en ligne sur Wikipédia pour illustrer l'article parhélie. Depuis deux jours, grâce à l'une de vous, la photo est sur Wikipedia à l'article parhélie !

Une fois cette photo admirée, un débat naît : est-il important d’essayer d'expliquer par les lois de la physique ce que l'on voit ? Beau c'est beau, pourquoi expliquer ? L'explication, pas très simple, fait appel à la réflexion et à la dispersion de la lumière sur les cristaux de glace hexagonaux qui sont dans l'air. Merci à celui de vous qui a su trouver dans son expérience de prof des documents expliquant cela de façon à la fois simple et juste. La vulgarisation scientifique est un travail intellectuel qui ne va pas de soi.

Au passage je rends hommage aux profs de physique des classes préparatoires, qui savent dans leur ensemble remarquablement faire ce travail de vulgarisation de haut niveau. Comment, vous êtes pour les prépas ? C'est un autre débat.

Pourquoi expliquer et ne pas se contenter d'admirer ? C'est un débat profond. La science permet de comprendre la nature et d'agir sur elle. La connaissance scientifique de la géométrie de la perspective a changé pour les peintres la façon de créer, en leur ouvrant de nouveaux modes d'expression. L'art n'a pas été indifférent à la science. Peut-on agir sur les parhélies ? Non. Mais le travail fait pour comprendre pourra être investi dans d'autres phénomènes, et surtout nous permet de prendre conscience du fait que nous ne vivons pas dans un monde magique. Je ne crois pas que le fait de comprendre enlève de la poésie et de la beauté.

À savourer

Un livre : Didier Daeninckx Têtes de maures, Folio policier, dépôt légal janvier 2015.

Didier Daeninckx appartient au courant des auteurs engagés de romans politico-policiers des années 1970. Sur fond d'intrigue policière bien fichue, des analyses politiques et historiques très fouillées de divers épisodes de notre histoire, épisodes parfois oubliés ou enterrés. Ici, la Corse, les vendettas, la spéculation immobilière, la cuisine, les paysages et la cruauté de l'omerta. Dans ses romans, Daeninckx ne se contente pas de monter une intrigue sur fond vaguement historique : il cherche, rassemble des documents, consulte les collections des journaux, confronte.

Deux romans de Daeninckx m'ont intéressé encore plus que les autres : Cannibale, les canaques exposés comme des animaux à l'exposition coloniale de 1931. Meurtres pour mémoire, les massacres des algériens à Paris le 17 octobre 1961 sous l'égide du préfet de police Papon. Un travail historique méticuleux sur des épisodes de l'histoire de France un peu « gommés ». J'ai pris plaisir à lire plusieurs des romans de Daeninckx, écrivain « engagé » et prolixe. Jean-Christophe Averty disait «À vos cassettes ». À vos librairies et bibliothèques. Didier Daeninckx. Cannibale, une bonne idée d'achat pour un responsable de bibliothèque publique.

L'homme augmenté

Il y a longtemps que je vous promets un article sur l'homme augmenté et le transhumanisme. Souvent j'y renonce. Sans que vous me l'ayez dit, j'ai un peu la sensation que tout cela vous apparaît comme de la science fiction un peu délirante et sans importance. Je profite de la parution d'un article très clair dans Le Monde du samedi 4 février 2015 « Les vertiges du transhumanisme », Corine Lesnes. Je vais pouvoir me contenter de citer, sans avoir à rédiger ! Je me permets d'insister : le transhumanisme est un courant « philosophique », mais devient aussi un domaine fortement investi par l'industrie, Google en particulier. C'est à nos porte, sans que nous y prêtions attention.

S'il fallait résumer la philosophe transhumaniste en une seule idée,la plus extrême mais aussi la plus saisissante, ce serait celle-ci : un jour l'homme ne sera plus un mammifère, il se libérera de son corps, ne fera qu'un avec l'ordinateur et, grâce à l'intelligence artificielle, accédera à l'immortalité. Note JM B : cela ferait sourire si l'on oublie que dès maintenant d'énormes capitaux sont investis dans ce type de recherches.

Les transhumanistes rêvent de transformer l'individu même. Ils veulent abolir les contraintes de la condition humaine, revendiquer le droit individuel à la prise de risques, aux greffes d'organes artificiels, aux modifications génétique. Selon Aubrey de Grey, le corps humain sera comme une voiture, il suffira de remplacer les pièces pour le conserver indéfiniment. L'expression mort naturelle n'aura plus de sens, la vie ne sera qu'une question de maintenance.

Le transhumanisme promet l'avènement d'un homme « augmenté » notamment grâce à l'intelligence artificielle. Un rêve de science fiction qui est aujourd'hui l'objet de recherches et d'investissements dans la Silicon Valley. […] La Californie baigne dans la conviction que l'homme va améliorer la machine et la machine améliorer l'homme. […] Longtemps la communauté scientifique a jugé les thèses transhumanistes peu crédibles. L'accélération du progrès technologique conduit certains chercheurs à s'inquiéter : n'avons-nous pas ouvert la boîte de Pandore ? […]

Une lettre ouverte signée par des experts internationaux en intelligence artificielle […] prend acte des avancées dues aux développements des machines, estime que l'éradication de la maladie et de la pauvreté n'est pas inconcevable mais juge tout aussi important d'éviter les pièges des progrès technologiques.

Les plus extrêmes des transhumanistes estiment que le destin de la race humaine est de créer des entités plus intelligentes qu'elle, et peu importe qu'elle disparaisse. En 2045, selon Kurzwell, nous étendrons les capacités du cortex dans des nuages informatiques (clouds) et il est impossible de prédire à quoi la vie de l'être humain ressemblera. Les transhumanistes pensent que la technologie va résoudre les problèmes de l'énergie, de la faim, de la justice sociale. Les humanistes jugent que cette approche est dangereuse, qu'elle néglige la hausse de la population, la menace exercée sur des millions d'emplois au fur et à mesure que les ordinateurs réaliseront les tâches mieux que les humains.

Derrière les big data les humanistes voient aussi pointer le big money. Le résultat pourrait bien être que ce que nous prenons pour des merveilles du high tech soit en fait l'instrument du pouvoir exercé par quelques uns d'entre nous sur le reste d'entre nous.

L'immortalité rêvée par les transhumanistes deviendrait alors l'apanage des puissants.

Informatique, fichiers et libertés vs liberté et sécurité

Dans Libération le 18 2 2015 on apprend que Coulibaly, le terroriste de l'Hyper Cacher avait choisi sa cible en cherchant sur internet des épiceries et des restaurants cachers, et en se renseignant sur les heures d'ouverture de l'Hyper.

Cela passe inaperçu. De nos jours, c'est banal. Cela veut dire que l'on a pu en analysant ses recherches sur les moteurs de recherche trouver avec précision à quoi il s'intéressait. Cela n'étonne personne, on connaît le pouvoir de l'internet.

Et alors ? C'était un terroriste, il y a eu des assassinats, c'est une enquête judiciaire. C'est vrai. Au moins c'est une enquête judiciaire, sous le contrôle de juges.

Depuis 1978 et la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, la vigilance contre la surveillance informatique s'émousse : je n'ai rien à me reprocher, je ne crains pas d'être surveillé. Il reste des associations militantes (Creis-Terminal, Quadrature du net, ligue des droits de l'homme par moments.) Il reste la Commission informatique et libertés, qui fait ce qu'elle peut.

Mais de nos jour plus personne ne s'étonne que l'on puisse grâce à internet pister tout ce que nous faisons et tout ce à quoi nous nous intéressons. Et il faut bien dire que face au terrorisme, les préoccupations relatives aux libertés ne pèsent pas lourd.

Récemment encore (avant même les attentats contre Charlie) une loi a été votée en France pour permettre dans certains cas les traçages « administratifs », sans contrôle de la justice.

La France est un pays globalement démocratique, même si nous sommes souvent l'objet de reproches de Bruxelles, en particulier parce que nos procureurs ne sont pas indépendants mais dépendent du gouvernement. Mais qui peut savoir jusqu'à quel point les services secrets constituent nos profils idéologiques à partir de nos centres d'intérêt et de toutes les données qu'ils collectent ? Qui peut savoir ce que trouve la National Security Agency états-unienne, avec les pouvoirs quasi-illimités que lui a attribués le patriot act suite aux attentats du 11 septembre ? Et, à partir de toutes ces données, que ferait en France un gouvernement non démocratique ? Un gouvernement non démocratique en France ? Invraisemblable :-(

La réforme ? Oui, mais vers où ?

Je suis furieux, consterné, écœuré. Craignant que les votes de l'assemblée nationale ne refusent l'adoption de la loi Macron, le gouvernement utilise la procédure du 49-3. Ce n'est pas de là que vient mon écœurement, mais de l'idéologie largement dominante exprimée par le titre de l'éditorial du journal Le Monde du 19 février 2015 : « Face aux réformes, le blocage français. » Un titre aussi stupide pour un tel journal : réforme ne veut rien dire si l'on ne regarde pas dans quel sens va la réforme. Comme il est dit dans l'éditorial, il y a dans la loi Macron des réformes socialement progressistes (fin du dumping dans le transport routier) et des réformes qui ne font que prendre en compte les exigences du patronat pour « débloquer » l'économie, diminuer les droits sociaux, faciliter les licenciements.

Dans le même numéro du journal, un article « Agriculteurs, Matignon lâche du lest ».Écœurant, complètement écœurant : il y a bientôt des élections départementales, les agriculteurs y ont un fort poids, il faut les amadouer : facilitation de la construction de poulaillers ayant un plus grand nombre de volailles, aide à la recherche sur les biotechnologies (en particulier OGM), facilitation de l'implantation de réserves d'eau... Les contrôles effectués dans les exploitations seront allégés. La Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles est contente. Aucune mesure, aucune, en faveur de l'agriculture non intensive. C'est suicidaire sur le plan de la préservation de notre cadre de vie. Et stupide : ces cadeaux n'empêcheront pas le PS de perdre les élections. Pour que les choses soient claires et que l'on sache bien qui est le patron, la FNSEA a élégamment annoncé les mesures avant que le ministre de l'agriculture ne les présente en conseil des ministres.

À propos de [alerte]

Diffusion libre à condition de citer la source, [alerte] JM Bérard, et impérativement la date.

Le nuage de [alerte]

J’ai placé dans le nuage de [alerte] des textes et documents divers, avec le seul critère qu’ils me semblent intéressants et méritent d’être portés à votre connaissance. Cliquez, naviguez. Pour accéder au nuage cliquer sur :

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Fonctionnement de la lettre [alerte]

Inscription sur la liste de diff sur simple demande. On peut aussi se désinscrire. Les adresses des destinataires n’apparaissent pas lors de l’envoi.

jean-michel.berard x orange.fr

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Outre l’envoi par courrier électronique sur simple demande, les lettres [alerte] sont consultables sur

http://alerte.entre-soi.info/

Fin

de la lettre du 19 février 2015