Lettre [alerte] N° 27 - 5 novembre 2008

Plan de la lettre 
 
1 Au fil des jours, des lectures et des navigations
2 novembre, souvenir des morts
Comment, réellement,  devenir très riche très vite ?
Extrême-droite
Profitons de la crise pour réchauffer de vieux plats
2 Alerte
3 Citations et réactions de vous tous
 
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Lettre [alerte] N° 27 - JM Bérard - 5 novembre 2008
 
jean-michel.berard chez orange.fr 
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Vous faites partie d'une liste limitée de destinataires, constituée de façon purement arbitraire.
Vous pouvez  sans problème demander à être rayé de la liste.
Diffusion libre et bienvenue.  Réactions et contributions très bienvenues.
JM Bérard
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Plan de la lettre 
 
1 Au fil des jours, des lectures et des navigations
2 novembre, souvenir des morts
Comment, réellement,  devenir très riche très vite ?
Extrême-droite
Profitons de la crise pour réchauffer de vieux plats
2 Alerte
3 Citations et réactions de vous tous
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Appel pour la défense de l'enseignement des sciences économiques et sociales
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1 Au fil des jours, des lectures et des navigations
 
2 novembre, souvenir des morts
 
La mort, de nos jours, devient invisible. Les habitants du village ne se relaient plus durant trois  jours et trois nuits pour veiller le défunt, désormais rendu invisible au funérarium. On ne se découvre plus devant les corbillards : ils sont devenus discrets, ils vont trop vite et de toute façon on ne porte plus de chapeau.
 
Peut-être les progrès de la médecine renforcent-ils le vieux désir d'immortalité ? Déjà, en 1976, Cavanna lançait le mot d'ordre "stop crève", et cultivait, mi-ironique mi-sérieux,  cet espoir de vaincre un jour la mort. Et pourtant... L'éternité c'est long, surtout vers la fin... Que serait la vie de l'Homme sans la mort ?
 
Une psychanalyste, à la radio. "Que dire aux enfants ? On meurt quand on a fini de vivre. Faire participer les enfants aux obsèques, aller avec eux au cimetière, être très proches d'eux ce jour-là tout particulièrement. Si l'on est croyant, leur dire ce que l'on pense. Si on ne l'est pas, les morts restent présents dans notre affection, notre souvenir... Mais, de toute façon, le corps physique est mort."
Remarque JM B : même pour les catholiques, la résurrections concerne le corps glorieux, pas le corps physique.
 
La crémation, les cendre. Je croyais la loi votée. Après toute une période où les cendres des défunts étaient l'objet de traitements aussi bizarres que choquants (partage des cendres entre les héritiers, dispersion des cendres n'importe où) une loi a été élaborée. Elle impose que les cendre soient intégralement déposées dans un lieu de recueil, permettant à chacun de faire son deuil. Et puis voila : j'apprends que la loi a été votée par les députés, et pas par les sénateurs, ou l'inverse. Il faut dire que le parlement a été saturé par le vote de toutes les lois en urgence concernant la répression, les peines plancher, la détention de sûreté. La mort peut attendre.
 
Avec un sens aigu de la publicité (!), l'association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) lance, le 2 novembre, une pétition pour que chacun ait le choix du moment de sa mort. Dans les toutes premières lettres [alerte] j'avais déjà dit à quel point je suis en désaccord avec cette association. Pour ceux qui n'étaient pas là au début, je vous donne le lien pointant vers un article de mon ami philosophe J. Ricot, qui travaille beaucoup sur les questions de vie, de mort et de fin de vie.
 
Les responsables gouvernementaux du dossier annoncent, heureusement, que la loi qui régit la fin de vie (loi Léonetti) sera améliorée mais pas mise à bas. En clair, les thèses de l'ADMD ne seront pas acceptées dans le projet de loi.
 
Voir, à la fin de cette lettre, la réaction de J. Ricot.
 
 
Comment, réellement,  devenir très riche très vite ? (ce n'est pas une plaisanterie)
 
C'est expliqué par un article du journal Le Monde du 5 novembre 2008 : "Internet, mensonges et krachs boursiers", par Yves Eudes.
On a du mal à le croire, mais, je vous assure, c'est vrai, c'est écrit dans le journal. Lisez, vous verrez, ce n'est vraiment pas compliqué.
 
Synthèse de l'article :
Première étape, vous empruntez des actions, sans les payer. On vous les prête.
Deuxième étape, vous vendez ces actions à leur valeur, par exemple 77 euros l'une.
Troisième étape : vous faites courir sur internet une rumeur très défavorable à l'entreprise dont vous venez de vendre les actions. Dans le monde boursier il faut être très au courant et agir vite. La rumeur, si vous êtes connaisseur du système, se propage très vite dans le monde entier, sans être vérifiée. La valeur de ces actions chute, mettons par exemple à 63 euros l'une.
Quatrième étape : vous rachetez à 63 euros les actions que vous aviez vendues à 77. Vous avez fait un bénéfice de 14 euros par action. Cela peut se faire en moins d'une heure... Vous rendez ensuite les actions à celui qui vous les a prêtées. Le cercle est bouclé.
Cinquième étape : la société victime dément la rumeur, les actions remontent, mais vous avez pris votre bénéfice. Etonnant, non ?
Dans le système du "naked short selling" (vente à poil), on peut même vendre des actions que l'on n'a pas. Là, j'avoue, cela me dépasse et je vous livre l'info sans la comprendre. L'imagination des financiers est vraiment sans limite. C'est bien d'appliquer son intelligence à des trucs utiles à la société.
 
Au fond, ce sont les idées les plus simples qui marchent le mieux...  C'est sans doute ce que N. Sarkozy appelle le respect de la valeur travail.
Bon, d'accord, ce n'est pas légal de lancer de fausses rumeurs, mais, comme dit l'article, "malgré la répression ces coups illicites se multiplient."
 
Propos d'expert
 
J'écoute Jacques Attali, brillant et expert en tout, le 3 novembre 2008 sur France Inter.
Je suis un peu inquiet, j'ai sans doute manqué d'esprit critique, mais je suis  d'accord avec tout ce qu'il a dit. Inquiétant. D'autant plus qu'il m'a semblé que ce qu'il a dit ce matin n'était pas tout à fait semblable aux conclusions du fameux et heureusement inappliqué rapport du même Attali... A qui se fier ?
 
Je résume de mémoire quelques éléments clé. J'espère être fidèle, sinon à la lettre, du moins au fond.
 
"On dit que la société (nous) vit au dessus de ses moyens. Ce n'est pas exact. La réalité est que la répartition des richesses s'est massivement déséquilibrée au profit du capital et au détriment des travailleurs. Ceux-ci, loin de vivre au-dessus le leurs moyens, n'ont plus les moyens de vivre. Pour que la consommation subsiste, il a fallu les inciter à s'endetter de façon facile. D'où ensuite les réactions en chaine, qui ont commencé par la crise des prêts immobiliers aux USA.
 
De la même façon, les USA ne prospèrent que grâce à leur dette, financée par les autres pays du monde.
 
Le discours actuel est "il faut réformer en profondeur le système". Cela ne se fera pas, car la capacité à oublier les catastrophes est grande. On a un petit tsunami, on prend quelques mesures minimes, et l'on oublie, en se disant : ça va, on a pu maitriser, on peut continuer. C'est sans doute ce qui va se passer, jusqu'à la prochaine crise inévitable, et qui sera dramatique.
 
La crise de 1929 n'a pas suffi à obliger à réformer le système. Il a fallu une grande guerre mondiale pour que des mesures soient prises, puis progressivement oubliées. Là je suis perplexe et fais appel à B., lecteur vigilant sur ce genre de choses. : la réforme économique de Roosevelt pour lutter contre la crise, qu'il a appelée "new deal", a eu lieu, selon Wikipedia, de 1933 à 1938. Pourquoi Attali dit-il qu'il a fallu une guerre ? JM B
 
Le président Sarkozy a pris une mauvaise décision en donnant des garanties d'état au système bancaire, sans entrer au capital des banques. Les banques ne l'ont pas voulu. Il est choquant que les banques acceptent l'aide de l'état sans accepter de contrôle en contre partie. " Pure méchanceté : en fait Attali est jaloux d'un autre expert, très proche du président et très écouté, qui a conseillé de ne pas entrer au capital.
Fin du résumé de mémoire de quelques propos de J. Attali.
 
Extrême-droite
 
Radio-courtoisie se dit la radio de toutes les droites, et j'y entends plutôt le son de la droite extrême.
Selon le site de radio-courtoisie, son directeur, le vicomte  H. de Lesquen du Plessis Casso est ancien haut fonctionnaire, co-fondateur du club de l'horloge. Il est brillant, cultivé, et beaucoup plus dangereux idéologiquement que les directeurs simplistes et hargneux qui l'ont précédé.
 
Entre autres perles, dans une émission sur les élections présidentielles américaines :
"Obama est un gauchiste bien pire que Besancenot." Je ne sais si Besancenot doit se réjouir ou se fâcher.
"Obama est un mulâtre, puisqu'il est issu d'un noir et d'une blanche". Pourquoi préférer le mot "mulâtre", plus rigoureux mais peu utilisé, à "métis" ? Avec sa terminaison en "âtre" (verdâtre, jaunâtre...) on comprend mieux que Obama et consorts ne sont pas très nets. Obama est sans doute, pour radio-courtoisie (courtoisie !), un mulâtre bellâtre et noirâtre. Si au moins il était de pure race noire...
 
Pour ne pas tomber sous le coup de la loi, Radio-courtoisie n'attaque pas les juifs. On y dit simplement : "ces gens-là sont bien tels que nous pensons qu'ils sont". Quand on sait ce qu'on sait et qu'on voit ce qu'on voit, on a raison de penser ce qu'on pense. (Source : les deux humoristes "les vamps").
 
Alors, bien sûr, Obama, métis, avec une mère blanche américaine catholique, un père noir kenyan, un grand-père kenyan et musulman... Le vicomte de Lesquen ne dissimule pas sa rage. En plus, Obama a fait des études et il pense. Beaucoup d'Américains le lui reprochent. (Il n'est pas comme nous). Le vicomte est polytechnicien et énarque, il ne peut guère utiliser cet argument.
 
Profitons de la crise pour réchauffer de vieux plats
 
J'avais pensé que, soucieux de se forger une image d'homme d'état historique face à la crise, N. Sarkozy allait vraiment réformer en profondeur le système capitaliste en s'inspirant de Roosevelt aux USA. Naïveté ?
 
Quoiqu'il en soit, ses amis en profitent pour refiler d'occasion quelques vieilles lunes, qui ne faciliteront en rien la solution de la crise, mais donnent satisfaction à quelques groupes de pression :
 
* l'alcoolisme des jeunes est préoccupant. Pourtant, pour ne pas nuire aux producteurs, on contourne la loi Evin et l'on projette d'autorise la publicité de l'alcool sur internet. Petit rappel (journal Le Monde) : "l'excès d'alcool entraine chaque année 45 000 décès prématurés,  provoque un tiers des accidents de la route et est à l'origine de la plupart des violences conjugales". Mais là encore il faut choisir : santé publiques ou emplois dans la viticulture. Pour survivre, le système est obligé de se détruire lui-même, et de détruire ses propres enfants ;
* sous la pression des fabricants de voitures, on repousse les échéances concernant les limitations d'émission de gaz carbonique. On croyait pourtant, toute la presse nous le dit, que justement l'industrie "verte" allait développer la recherche et l'innovation, créer de nombreux emplois, ouvrir de nouveaux marché. Eh bien non : autant ne pas investir dans la création de nouveaux modèles tant qu'on  peut caser les anciens moteurs polluants ; et autant continuer de construire des voitures à essence en sachant qu'il n'y aura bientôt plus de pétrole. C'est autant de pris, après nous...
* depuis longtemps certains lobbys souhaitaient l'ouverture des commerces le dimanche. La crise est une occasion rêvée de les satisfaire : l'ouverture le dimanche va relancer l'économie. Ah bon ? Et avec quel argent les gens achèteront-ils davantage ? Peut-être que les employés du commerce obligés de travailler volontairement le dimanche gagneront plus. Mais les autres ?
* Aux USA, le producteur d'automobiles Ford était avisé et disait : "je paie bien mes ouvriers, comme cela ils pourront acheter mes voitures". Du fait de la crise, au contraire, Renault, Peugeot, Arcelor mettent les ouvriers au chômage technique. De fait il est absurde de produire des voitures qu'on ne vend pas, et le chômage technique semble inévitable. Mais à qui vendre les voitures si les gens n'ont plus d'argent ?
* En France, le gouvernement va favoriser l'emploi à durée déterminée au détriment des contrats à durée indéterminée. Cela a l'air logique, autant donner du travail, même un peu,  à ceux qui n'en ont pas. Mais cela contribue surtout à mettre à bas tout le droit du travail, pour aller de plus en plus vers la précarité, comme aux USA et en Angleterre. Comment le gens qui n'ont pas d'emploi stable pourront-ils acheter des maisons, des voitures... Quelle banque leur prêtera ?
 
 
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2 Alerte
 
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3 Citations et réactions de vous tous
 
2 novembre souvenir des morts : réaction de mon ami philosophe J. Ricot au texte ci-dessus, que je lui avais communiqué à l'avance
 
Cher Jean-Michel,
Pas d'erreurs (de minces coquilles), ni de divergences dans ce texte.
L'ADMD a osé essayer de pervertir le jour des morts en en faisant le jour de la mort donnée. Quel affront symbolique, quelle détresse aussi d'une société qui ne se révolte même plus devant de tels détournements...

Je crois t'avoir donné l'adresse du site de la chaîne parlementaire où je suis intervenu cet été devant la mission Léonetti aux côtés d'une amie tétraplégique.

http://www.assemblee-nationale.fr/13/commissions/droits-malades-20080716-3.asp

A noter la courageuse opposition au suicide assisté de Badinter.

Amicalement.

Jacques

 
 
Perspectives ouvertes par la crise
 
Message de l'un de vous
 
"Bonjour Jean-Michel,
Ci-dessous un article d'un économiste, Jacques Sapir, qui est directeur d’études
à l’EHESS, directeur du CEMI-EHESS.
Je le trouve assez intéressant car les articles d'économistes qui,
simultanément, analysent le passé et le présent, évaluent les  possibles,
soutiennent quelques éléments de prospectives et surtout  avancent des
propositions, sont rares.
Bien que discutable sur certains aspects (faut-il rechercher à  nouveau la
croissance ? Si oui quel contenu de croissance ?  quelle consommation
faut-il soutenir et  réapprendre ? etc, ....), et malgré ses lacunes (par
exemples : conséquences sociales et  politiques,  et conséquences sur les
citoyens- consommateurs ), je pense que   cet article de Jacques Sapir peut
t' intéresser."
 
Effectivement j'ai trouvé l'article très important et tout à fait passionnant, mais tu ne m'as pas joint le lien et c'est trop long pour être reproduit ici. Je propose à ceux qui veulent le lire de me le demander, je leur transmettrai.
Un tout petit extrait : Cette crise est avant tout celle d'un modèle de croissance ou d'un mode d'accumulation qui s'est mis en place à partir des années 1980. Contrairement au mode d'accumulation antérieur, il a été caractérisé par une capture presque totale des gains de productivité par les profits au détriment des salaires. Décidément...
 
 
Les liens entre nous
 
Bon, vous croulez sous les liens, je vous libère : pas de rubrique "liens" cette semaine. Ou alors reportez-vous au numéro précédent de [alerte].
 
 
Les thèmes de cette lettre sont un peu dominés par l'économie. Il faut dire que cela a pris quelque place ces derniers temps...
Si vous amorciez par des contributions sur d'autres sujets ?