Lettre [alerte] N° 27 - 5 novembre 2008
Par Jean-Michel Bérard le lundi 3 novembre 2008, 21:35 - Lien permanent
Plan de
la lettre
1 Au fil des jours, des lectures et des
navigations
2 novembre, souvenir des
morts
Comment, réellement, devenir très
riche très vite ?
Extrême-droite
Profitons de la crise pour
réchauffer de vieux plats
2 Alerte
3 Citations
et réactions de vous tous
***********************
Vous faites partie d'une liste limitée de
destinataires, constituée de façon purement arbitraire.
Vous pouvez sans problème demander à être rayé de la liste.
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Diffusion
libre et bienvenue. Réactions et contributions
très bienvenues.
JM Bérard
JM Bérard
***********************
Plan de
la lettre
1 Au fil des jours, des lectures et des
navigations
2 novembre, souvenir des
morts
Comment, réellement, devenir très
riche très vite ?
Extrême-droite
Profitons de la crise pour
réchauffer de vieux plats
2 Alerte
3 Citations
et réactions de vous tous
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.Appel pour la défense de l'enseignement des sciences économiques et sociales
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1 Au fil des jours,
des lectures et des navigations
2 novembre, souvenir des
morts
La mort, de nos jours,
devient invisible. Les habitants du village ne se relaient plus durant trois
jours et trois nuits pour veiller le défunt, désormais rendu invisible au
funérarium. On ne se découvre plus devant les corbillards : ils sont devenus
discrets, ils vont trop vite et de toute façon on ne porte plus de chapeau.
Peut-être les progrès de la
médecine renforcent-ils le vieux désir d'immortalité ? Déjà, en 1976, Cavanna
lançait le mot d'ordre "stop crève", et cultivait, mi-ironique mi-sérieux,
cet espoir de vaincre un jour la mort. Et pourtant... L'éternité c'est long,
surtout vers la fin... Que serait la vie de l'Homme sans la mort ?
Une psychanalyste, à la radio.
"Que dire aux enfants ? On meurt quand on a fini de vivre.
Faire participer les enfants aux obsèques, aller avec eux au cimetière, être
très proches d'eux ce jour-là tout particulièrement. Si l'on est croyant, leur
dire ce que l'on pense. Si on ne l'est pas, les morts restent présents dans
notre affection, notre souvenir... Mais, de toute façon, le corps physique est
mort."
Remarque JM B : même pour les
catholiques, la résurrections concerne le corps glorieux, pas le corps physique.
La crémation, les cendre. Je
croyais la loi votée. Après toute une période où les cendres des défunts étaient
l'objet de traitements aussi bizarres que choquants (partage des cendres entre
les héritiers, dispersion des cendres n'importe où) une loi a été élaborée. Elle
impose que les cendre soient intégralement déposées dans un lieu de recueil,
permettant à chacun de faire son deuil. Et puis voila : j'apprends que la loi a
été votée par les députés, et pas par les sénateurs, ou l'inverse. Il faut dire
que le parlement a été saturé par le vote de toutes les lois en urgence
concernant la répression, les peines plancher, la détention de sûreté. La mort
peut attendre.
Avec un sens aigu de la publicité
(!), l'association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) lance, le 2
novembre, une pétition pour que chacun ait le choix du moment de sa mort. Dans
les toutes premières lettres [alerte] j'avais déjà dit à quel point je suis en
désaccord avec cette association. Pour ceux qui n'étaient pas là au début, je
vous donne le lien pointant vers un article de mon ami philosophe J. Ricot, qui
travaille beaucoup sur les questions de vie, de mort et de fin de
vie.
Les responsables gouvernementaux
du dossier annoncent, heureusement, que la loi qui régit la fin de vie (loi
Léonetti) sera améliorée mais pas mise à bas. En clair, les thèses de l'ADMD ne
seront pas acceptées dans le projet de loi.
Voir, à la fin de cette lettre, la
réaction de J. Ricot.
Comment, réellement, devenir très
riche très vite ? (ce n'est pas une plaisanterie)
C'est expliqué par un article du
journal Le Monde du 5 novembre 2008 : "Internet, mensonges et krachs
boursiers", par Yves Eudes.
On a du mal à le croire, mais, je
vous assure, c'est vrai, c'est écrit dans le journal. Lisez, vous verrez, ce
n'est vraiment pas compliqué.
Synthèse de l'article :
Première étape, vous empruntez des
actions, sans les payer. On vous les prête.
Deuxième étape, vous vendez ces
actions à leur valeur, par exemple 77 euros l'une.
Troisième étape : vous faites
courir sur internet une rumeur très défavorable à l'entreprise dont vous venez
de vendre les actions. Dans le monde boursier il faut être très au courant et
agir vite. La rumeur, si vous êtes connaisseur du système, se propage très vite
dans le monde entier, sans être vérifiée. La valeur de ces actions chute,
mettons par exemple à 63 euros l'une.
Quatrième étape : vous rachetez à
63 euros les actions que vous aviez vendues à 77. Vous avez fait un bénéfice de
14 euros par action. Cela peut se faire en moins d'une heure... Vous rendez
ensuite les actions à celui qui vous les a prêtées. Le cercle est
bouclé.
Cinquième étape : la société
victime dément la rumeur, les actions remontent, mais vous avez pris votre
bénéfice. Etonnant, non ?
Dans le système du "naked short
selling" (vente à poil), on peut même vendre des actions que l'on n'a pas. Là, j'avoue, cela me dépasse et je vous livre l'info sans la
comprendre. L'imagination des financiers est vraiment sans limite. C'est bien
d'appliquer son intelligence à des trucs utiles à la société.
Au fond, ce sont les idées les
plus simples qui marchent le mieux... C'est sans doute ce que N. Sarkozy
appelle le respect de la valeur travail.
Bon, d'accord, ce n'est pas légal
de lancer de fausses rumeurs, mais, comme dit l'article, "malgré la répression ces coups illicites se
multiplient."
Propos d'expert
J'écoute Jacques Attali, brillant et expert en
tout, le 3 novembre 2008 sur France Inter.
Je suis un peu inquiet, j'ai sans doute manqué
d'esprit critique, mais je suis d'accord avec tout ce qu'il a dit. Inquiétant.
D'autant plus qu'il m'a semblé que ce qu'il a dit ce matin n'était pas tout à
fait semblable aux conclusions du fameux et heureusement inappliqué rapport du
même Attali... A qui se fier ?
Je résume de mémoire quelques éléments clé.
J'espère être fidèle, sinon à la lettre, du moins au fond.
"On dit que la société (nous) vit
au dessus de ses moyens. Ce n'est pas exact. La réalité est que la répartition
des richesses s'est massivement déséquilibrée au profit du capital et au
détriment des travailleurs. Ceux-ci, loin de vivre au-dessus le leurs moyens,
n'ont plus les moyens de vivre. Pour que la consommation subsiste, il a fallu
les inciter à s'endetter de façon facile. D'où ensuite les réactions en chaine,
qui ont commencé par la crise des prêts immobiliers aux USA.
De la même façon, les USA ne
prospèrent que grâce à leur dette, financée par les autres pays du monde.
Le discours actuel est "il faut
réformer en profondeur le système". Cela ne se fera pas, car la capacité à
oublier les catastrophes est grande. On a un petit tsunami, on prend quelques
mesures minimes, et l'on oublie, en se disant : ça va, on a pu maitriser, on
peut continuer. C'est sans doute ce qui va se passer, jusqu'à la prochaine crise
inévitable, et qui sera dramatique.
La crise de 1929 n'a
pas suffi à obliger à réformer le système. Il a fallu une grande guerre mondiale
pour que des mesures soient prises, puis progressivement oubliées. Là je suis perplexe et fais appel à B., lecteur vigilant sur
ce genre de choses. : la réforme économique de Roosevelt pour lutter contre la
crise, qu'il a appelée "new deal", a eu lieu, selon Wikipedia, de 1933 à 1938.
Pourquoi Attali dit-il qu'il a fallu une guerre ? JM
B
Le président Sarkozy a pris
une mauvaise décision en donnant des garanties d'état au système bancaire, sans
entrer au capital des banques. Les banques ne l'ont pas voulu. Il est choquant
que les banques acceptent l'aide de l'état sans accepter de contrôle en contre
partie. " Pure méchanceté : en fait Attali est
jaloux d'un autre expert, très proche du président et très écouté, qui a
conseillé de ne pas entrer au capital.
Fin du résumé de mémoire de
quelques propos de J. Attali.
Extrême-droite
Radio-courtoisie se dit
la radio de toutes les droites, et j'y entends plutôt le son de la droite
extrême.
Selon le site de radio-courtoisie,
son directeur, le vicomte H. de Lesquen du Plessis Casso est ancien haut
fonctionnaire, co-fondateur du club de l'horloge. Il est brillant, cultivé, et
beaucoup plus dangereux idéologiquement que les directeurs simplistes et
hargneux qui l'ont précédé.
Entre autres perles, dans une
émission sur les élections présidentielles américaines :
"Obama est un
gauchiste bien pire que Besancenot." Je ne sais si
Besancenot doit se réjouir ou se fâcher.
"Obama est un
mulâtre, puisqu'il est issu d'un noir et d'une blanche". Pourquoi préférer le mot "mulâtre", plus
rigoureux mais peu utilisé, à "métis" ? Avec sa terminaison en "âtre" (verdâtre,
jaunâtre...) on comprend mieux que Obama et consorts ne sont pas très nets.
Obama est sans doute, pour radio-courtoisie (courtoisie !), un mulâtre bellâtre
et noirâtre. Si au moins il était de pure race noire...
Pour ne pas tomber sous le coup de
la loi, Radio-courtoisie n'attaque pas les juifs. On y dit simplement : "ces
gens-là sont bien tels que nous pensons qu'ils sont". Quand
on sait ce qu'on sait et qu'on voit ce qu'on voit, on a raison de penser ce
qu'on pense. (Source : les deux humoristes "les vamps").
Alors, bien sûr, Obama, métis,
avec une mère blanche américaine catholique, un père noir kenyan, un grand-père
kenyan et musulman... Le vicomte de Lesquen ne dissimule pas sa rage. En
plus, Obama a fait des études et il pense. Beaucoup d'Américains le lui
reprochent. (Il n'est pas comme nous). Le vicomte est polytechnicien et énarque,
il ne peut guère utiliser cet argument.
Profitons de la crise pour
réchauffer de vieux plats
J'avais pensé que, soucieux de se
forger une image d'homme d'état historique face à la crise, N. Sarkozy allait
vraiment réformer en profondeur le système capitaliste en s'inspirant de
Roosevelt aux USA. Naïveté ?
Quoiqu'il en soit, ses amis en
profitent pour refiler d'occasion quelques vieilles lunes, qui ne faciliteront
en rien la solution de la crise, mais donnent satisfaction à quelques groupes de
pression :
* l'alcoolisme des jeunes est
préoccupant. Pourtant, pour ne pas nuire aux producteurs, on contourne la loi
Evin et l'on projette d'autorise la publicité de l'alcool sur internet. Petit
rappel (journal Le Monde) : "l'excès d'alcool
entraine chaque année 45 000 décès prématurés, provoque un tiers des accidents
de la route et est à l'origine de la plupart des violences conjugales".
Mais là encore il faut choisir : santé publiques ou emplois dans la viticulture.
Pour survivre, le système est obligé de se détruire lui-même, et de détruire ses
propres enfants ;
* sous la pression des fabricants
de voitures, on repousse les échéances concernant les limitations d'émission de
gaz carbonique. On croyait pourtant, toute la presse nous le dit, que justement
l'industrie "verte" allait développer la recherche et l'innovation, créer de
nombreux emplois, ouvrir de nouveaux marché. Eh bien non : autant ne pas
investir dans la création de nouveaux modèles tant qu'on peut caser les anciens
moteurs polluants ; et autant continuer de construire des voitures à essence en
sachant qu'il n'y aura bientôt plus de pétrole. C'est autant de pris, après
nous...
* depuis longtemps certains lobbys
souhaitaient l'ouverture des commerces le dimanche. La crise est une occasion
rêvée de les satisfaire : l'ouverture le dimanche va relancer l'économie. Ah bon
? Et avec quel argent les gens achèteront-ils davantage ? Peut-être que les
employés du commerce obligés de travailler volontairement le dimanche gagneront
plus. Mais les autres ?
* Aux USA, le producteur
d'automobiles Ford était avisé et disait : "je paie bien mes ouvriers, comme
cela ils pourront acheter mes voitures". Du fait de la crise, au contraire,
Renault, Peugeot, Arcelor mettent les ouvriers au chômage technique. De fait il
est absurde de produire des voitures qu'on ne vend pas, et le chômage technique
semble inévitable. Mais à qui vendre les voitures si les gens n'ont plus
d'argent ?
* En France, le gouvernement va
favoriser l'emploi à durée déterminée au détriment des contrats à durée
indéterminée. Cela a l'air logique, autant donner du travail, même un peu, à
ceux qui n'en ont pas. Mais cela contribue surtout à mettre à bas tout le droit
du travail, pour aller de plus en plus vers la précarité, comme aux USA et en
Angleterre. Comment le gens qui n'ont pas d'emploi stable pourront-ils acheter
des maisons, des voitures... Quelle banque leur prêtera ?
******
2 Alerte
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3 Citations et
réactions de vous tous
2 novembre
souvenir des morts :
réaction de mon
ami philosophe J. Ricot au texte ci-dessus, que je lui avais communiqué à
l'avance
Cher Jean-Michel,
Pas d'erreurs (de minces coquilles), ni de divergences dans
ce texte.
L'ADMD a osé essayer de pervertir le jour des morts en en
faisant le jour de la mort donnée. Quel affront symbolique, quelle détresse
aussi d'une société qui ne se révolte même plus devant de tels
détournements...
Je crois t'avoir donné l'adresse du site de la chaîne parlementaire où je suis intervenu cet été devant la mission Léonetti aux côtés d'une amie tétraplégique.
http://www.assemblee-nationale.fr/13/commissions/droits-malades-20080716-3.asp
A noter la courageuse opposition au suicide assisté de Badinter.
Amicalement.
Jacques
Perspectives
ouvertes par la
crise
Message de l'un de
vous
"Bonjour Jean-Michel,
Ci-dessous un article d'un économiste, Jacques Sapir, qui est directeur d’études
à l’EHESS, directeur du CEMI-EHESS.
Je le trouve assez intéressant car les articles d'économistes qui,
simultanément, analysent le passé et le présent, évaluent les possibles,
soutiennent quelques éléments de prospectives et surtout avancent des
propositions, sont rares.
Bien que discutable sur certains aspects (faut-il rechercher à nouveau la
croissance ? Si oui quel contenu de croissance ? quelle consommation
faut-il soutenir et réapprendre ? etc, ....), et malgré ses lacunes (par
exemples : conséquences sociales et politiques, et conséquences sur les
citoyens- consommateurs ), je pense que cet article de Jacques Sapir peut
t' intéresser."
Ci-dessous un article d'un économiste, Jacques Sapir, qui est directeur d’études
à l’EHESS, directeur du CEMI-EHESS.
Je le trouve assez intéressant car les articles d'économistes qui,
simultanément, analysent le passé et le présent, évaluent les possibles,
soutiennent quelques éléments de prospectives et surtout avancent des
propositions, sont rares.
Bien que discutable sur certains aspects (faut-il rechercher à nouveau la
croissance ? Si oui quel contenu de croissance ? quelle consommation
faut-il soutenir et réapprendre ? etc, ....), et malgré ses lacunes (par
exemples : conséquences sociales et politiques, et conséquences sur les
citoyens- consommateurs ), je pense que cet article de Jacques Sapir peut
t' intéresser."
Effectivement j'ai
trouvé l'article très important et tout à fait passionnant, mais tu ne m'as pas
joint le lien et c'est trop long pour être reproduit ici. Je propose à ceux qui
veulent le lire de me le demander, je leur
transmettrai.
Un tout petit extrait
: Cette crise est avant tout celle d'un modèle de croissance
ou d'un mode d'accumulation qui s'est mis en place à partir des années 1980.
Contrairement au mode d'accumulation antérieur, il a été caractérisé par une
capture presque totale des gains de productivité par les profits au détriment
des
salaires. Décidément...
Les liens entre
nous
Bon, vous croulez sous les liens, je
vous libère : pas de rubrique "liens" cette semaine. Ou alors reportez-vous au
numéro précédent de [alerte].
Les thèmes de cette lettre sont un peu dominés
par l'économie. Il faut dire que cela a pris quelque place ces derniers temps...
Si vous amorciez par des contributions sur d'autres sujets ?
Si vous amorciez par des contributions sur d'autres sujets ?