1 Au fil des
jours, des lectures et des navigations
*Halte aux faux-semblants, pensons aux vrais
problèmes
Je suis absolument écœuré par tout le battage
que font les médias autour de la prétendue crise financière et économique
mondiale. Le seul but est de détourner l'attention de la situation
catastrophique du football français. Raymond Domenech, sélectionneur
de l'équipe de France, est en péril : il sera peut-être remercié, ce sera
l'effondrement de sa carrière. D'une part cela va gonfler les chiffres du
chômage (Domenech rejoindra les ouvriers de Renault et d'Arcelor), d'autre part
cela met en évidence la profondeur de la crise qui sépare la France,
profonde elle aussi, de ses dirigeants charismatiques et de ses joueurs
emblématiques.
Pis encore, les joueurs de foot vont
peut-être se mettre en grève contre les présidents des clubs. Ces joueurs
vedettes, dont les salaires mirifiques sont aussi impossibles à concevoir que
les parachutes dorés des patrons, craignent que, à la faveur d'une réforme, les
dirigeants de clubs ne modifient la répartition des sommes fabuleuses générées
par le spectacle. Voila le vrai problème, et nous sommes scandaleusement
sous-informés. Seulement une page entière dans Le Monde du 11 octobre
2008. Merci à ce journal pour son courage. Il est vrai que plus du tiers de la
page est empli par une photo. Les supporteurs ont appris à lire par la méthode
globale et ont du mal avec les lettres, il faut des images. De plus, celle-ci est déjà
coloriée.
Au fond les joueurs ont raison. Certains
pensent que la crise économique actuelle est en partie due au fait que, depuis
des années, la répartition capital-travail penche de plus en plus du coté
du capital. Il est bon que les joueurs de foot nous en fassent prendre
conscience et veillent à préserver leurs salaires mirifiques. Du pain (pas trop,
c'est cher vu la spéculation sur les matières premières) et des
jeux.
* Les ramasse-miettes
Alors que l'on assiste à une crise économique
et financière dont nul ne connait l'issue, certains se positionnent pour
ramasser les miettes, c'est toujours cela de pris.
La compagnie belge Fortis, en difficulté et
rachetée par la BNP, a offert à ses courtiers, à Monaco, un repas
à 3 000 euros par personne. Fortis a précisé qu'il s'agit d'une pratique courante et
prévue de longue date. Ils ont l'air de penser que c'est une
excuse.
La société d'assurances AIG, en faillite et
rachetée par les contribuables des USA, a offert a ses courtiers un week
end de luxe, avec chambre à 1000 euros par nuit.
D'accord, il n'y a aucune commune mesure entre les
("petites") sommes ainsi dépensées et l'ampleur des déficits, mais tout de même,
un peu de pudeur...
M. Gaillard, chroniqueur financier, sorti de
je ne sais quel placard, est interviewé sur France info et donne des conseils
sur la façon d'acheter quand la bourse aura baissé encore un peu. C'est aussi ce
que fait en ce moment un financier célèbre. (J'ai oublié son nom). Il investit à
tout va car rien n'est cher à la bourse en ce moment. Je me demande
pourquoi je n'en fais pas autant. Les ramasse-miettes accumulent les détritus du
présent festin, pour préparer leur futur festin. On efface tout, et on
recommence pareil. Cela a déjà marché en 1929, pas de raison que cela ne
marche pas à nouveau.
L'assurance chômage (UNEDIC) vient d'annoncer
que les Petites et Moyennes Entreprises pourront payer plus tard les
sommes qu'elles doivent à l'UNEDIC. C'est rigolo. Ce sont les chômeurs
qui prêtent de l'argent aux entreprises ! Nos dirigeants ont vraiment une
imagination sans limite.
Le ministre de la consommation profite de la
crise pour nous fourguer à nouveau le travail du dimanche, qui, bien sûr, fera
décoller l'économie. Vu la hausse du pouvoir d'achat, on achètera en semaine
dans les magasins de proximité et, en plus, on achètera le dimanche dans
les grandes surfaces. Il devrait aussi prévoir des nocturnes. Tant de nuits
perdues pour la consommation...
Quant-à M. Accoyer, président UMP de
l'assemblée nationale, (président de l'assemblée nationale ! ...) il en profite
pour relancer l'idée d'une amnistie fiscale pour absoudre ses riches amis
patriotes qui ont placé leur capitaux à l'étranger et évitent
ainsi les impôts français. C'est, dit-il, pour permettre aux capitaux
rapatriés de participer à l'effort national contre la crise. Bonne idée, ça,
coco, profiter de la crise pour amnistier ceux qui ont contribué à créer la
crise. Le pire c'est qu'il dit cela sans rire.
C'est aussi M. Accoyer qui a pris, en
tant que président de l'assemblée nationale, des positions assez violentes pour
soutenir les producteurs d'Organismes Génétiquement
Modifiés.
Reconnaissons-lui le mérite de la cohérence :
je me sers et je sers mes amis, après nous le déluge, ce sera toujours ça de
pris. Simplement, d'habitude, on dit cela avec plus de discrétion.
C'est étonnant. Malgré la crise économique
qui devrait les inciter à plus de modestie, les ultralibéraux ont le vent en
poupe et se permettent tous les cynismes.
* Morale et éthique
Les ultralibéraux ont trouvé la solution pour
sauver leur système : il faut y introduire un peu de morale et d'éthique. Cela
me laisse perplexe. La théorie ultralibérale du pilotage par le seul marché ne
prend à aucun moment en compte le facteur humain. En 2008, la seule
"pensée" de ce système est : 15% de rendement tout de suite. Si l'entreprise ne
fait pas 15%, il faut licencier ou délocaliser. Il n'y a aucun point commun
entre la "théorie" ultralibérale et la morale, ce sont deux domaines
distincts. C'est comme si on voulait confier à la science le soin de
prouver ou d'infirmer l'existence de Dieu, ou
réciproquement.
De toutes façons, je ne vois pas du tout un
système détenteur d'un pouvoir l'abandonner volontairement. Je crains bien que
les tenants du système ne préfèrent en tirer le maximum, quitte à périr avec.
Dans ses mémoires, W. Churchill décrit la
crise de 1929 et ses suites. La description de Churchill s'applique, sans
changer un seul mot, à la crise actuelle. Après 29, on avait remis les compteurs
à zéro, et recommencé pareil, ou même pire, en supprimant de plus en plus les
régulations qui tempéraient le système. Après (?) la crise actuelle, gageons
que, au prix de quelques rafistolages, on continuera de même, jusqu'à la
prochaine crise, qui, évidemment, surprendra tout le monde.
Dans le quartier d'affaires de La Défense à Paris, les businessmans en
costume-cravate fréquentent de plus en plus la petite église installée sur
le parvis au milieu des grandes tours. Ils sont désemparés, se posent des
questions sur leur vie et le sens de tout cela.
Ouh la la, je ne pensais pas que la crise
était aussi grave... (Source : Le Monde du 11 10
2008)
* Tout cela remonte à
loin
Synthèse d'un article intitulé "Nouveaux
regards sur la révolution néolithique", Le Monde 28 septembre 2008,
Jean-Paul Demoule et Jean Guilaine
Synthèse : (les deux
signataires sont des universitaires.) Après deux millions d'année de charognage,
de chasse, de pêche et de cueillette, l'espèce humaine, il y a 14 000 ans
environ, se met à pratiquer l'élevage et "invente" l'agriculture. Elle se
sédentarise. Il y a 6500 ans la société commence à se hiérarchiser avec
naissance d'une élite. Il y a mobilisation d'une partie du corps social pour
produire des objets inutiles et de prestige (bijoux, parures). Il y a 4000 ans
apparaissent les premières villes. Ce développement social a entrainé un
développement de la violence entre riches et pauvres et entre communautés. Le
néolithique, par la sédentarisation, a ouvert au pillage des réserves. La guerre
permettait de se valoriser et le guerrier vigoureux pouvait occuper une place
sociale enviable. Petit à petit s'est développée l'idéologie du guerrier.
"L'homme a dévoyé le message du néolithique en est devenu un loup pour sa propre
espèce. Je n'accuse pas le néolithique, mais je pense que c'est l'homme qui a
mal tourné".
Le libéralisme sauvage et la compétition
meurtrière ont donc leur source au néolithique. Dans un roman de science fiction
on enverrait la patrouille du temps corriger les choses. Mais dans la réalité,
les armes de bronze ont laissé la place aux armes de destruction
massive et l'idéologie du guerrier à celle du trader. Globalement, l'idée reste
la même : il faut être le meilleur, et, pour cela, écraser les autres. On
croyait que l'histoire progressait par ruptures successives, mais non : il y a
une permanence fondamentale, qui remonte au néolithique. Ce n'est pas rassurant
pour autant.
* Parti socialiste
Je parle rarement dans cette lettre de la
politique des partis. Mais comme deux d'entre vous m'ont envoyé des
contributions concernant le parti socialiste, je me lance. Je sens que je vais
susciter des réactions peu amènes...
Je crois que, dans les dernières années
de la présidence Chirac et surtout depuis l'élection de Sarkozy se développait
en France un phénomène de panne de la pensée. L'opinion remplaçait la raison,
les sondages express des auditeurs des stations de radio tenaient lieu de débat
argumenté. Les "responsables" politiques oscillaient entre "je pense ce que vous
pensez" (S. Royal) et "je parviens à vous convaincre que vous pensez ce que je
pense." (N. Sarkozy). La plupart des grands intellectuels dont la mission est de
produire du pensé semblaient sidérés par la pensée dominante du libéralisme. La
lutte des classes avait disparu du champ conceptuel, remplacée par un consensus
mou sur la revalorisation de l'entreprise et l'augmentation de la
crainte des nouveaux ennemis, les immigrés. La chute du mur et des
dictatures soviétiques associées avait conduit à l'absence totale de limite au
développement ultralibéral.
Il me semble que, depuis quelques
temps, crise oblige, tout cela se dégèle. La possibilité de l'effondrement d'un
certain monde développe la créativité, et je jubile à la lecture des journaux,
des blogs, des revues et à la prise de connaissance des activités des clubs,
associations, militants ouvriers, verts, etc.
Malgré un passé de militant dogmatique, j'ai
la sensation que ce n'est pas d'un parti central que peuvent venir en ce moment
les évolutions de la pensé.
Le PS a en tout cas largement prouvé son
incapacité à penser la situation actuelle. Le PS est un système très
efficace destiné à permettre aux notables locaux de devenir maires,
conseillers généraux, conseillers régionaux. Il joue bien son rôle.
Dans les débats actuels sur
la structure de la société, le PS n'a, structurellement, aucune
place.
Quelle solution ? Je n'en vois aucune.
Comment imaginer que dans un même parti certains soient partisans de la
constitution européenne et d'autres en soient ennemis ? Pourquoi ne pas
scissionner ? Parce que l'on ne sait pas qui aurait la garde des enfants. Le PS
a des militants, qui collent les affiches et militent dans les associations
locales, ou président ces associations. Le PS a des locaux, et un trésor de
guerre par les subventions que l'état verse aux partis et par les cotisations
que les élus doivent prélever sur leurs indemnités d'élus. Comment partager tout
cela ? On est obligé de faire la synthèse, aboutissant à du mou
et du peu pensé, même si, séparément, telle personnalité, tel club de réflexion,
tel courant a des idées.
Que mille blogs, lettres, revues,
associations, groupes de réflexion, groupes militants s'épanouissent !
Bon, d'accord, c'est une parodie de Mao Tse
Toung et cela n'a rien donné de bon, car le dictateur attendait au coin du bois.
Ne soyez pas, comme cela, constamment à contester ce que je
dis...
* Dernière minute lundi 13 octobre 2008 à 18h
: rustines
Par rapport aux objectifs qu'il s'était
donnés, N. Sarkozy semble avoir bien réussi, tant dans son rôle de président en
exercice de l'UE le 12, que en tant que président de la république le 13.
Hourrah, tous les indices boursiers remontent, à la radio tout le monde est
content sauf quelques éternels aigris.
J'hésite à me réjouir. L'Etat va combler les
principales failles du système, (profits pour le privé, pertes pour le public)
mais sans rien changer au système lui-même, et, en particulier, sans limiter le
taux de profit du capital. Soulagement : les rustines ont arrêté la fuite
du pneu. C'est comme en 29 : une fois le gros de la crise passé et les rustines
collées, on repart comme avant, tout en sachant bien que c'est le pneu lui-même
qu'il faudrait changer. Au fond, cela a marché de 1929 à 2008. Les
ultralibéraux, réalistes cyniques, espèrent que l'on est reparti jusqu'en
2087. Gouverner, c'est prévoir. Ils vont retirer leurs capitaux de l'industrie
du pneu pour investir dans la rustine.
******
2
Alerte
Il y a trop d'alertes. Ne semons pas la panique. Pour
l'instant, (pour l'instant) la nature est encore belle dans beaucoup d'endroits.
Profitons-en.
Rappelons-nous cependant que, à la suite de calculs
complexes que je ne comprends pas bien, une association a montré que les humains
ont, entre le 1er janvier et le le 26 septembre 2008, dépensé la totalité des
ressources que la Terre produit en un an. 26%, c'est autre chose que le déficit
de 3% autorisé par l'Europe...
******
3 Citations et réactions de vous
tous
Larrouturou
L'un de vous me signale les échanges
entre Pierre Larrouturou et les lecteurs du site
sur
Larrouturou est "économiste, délégué
national du PS chargé de l´Europe, partisan de la motion de Benoît
Hamon."
J'aime beaucoup la façon de penser de
Larrouturou, dans le magma ambiant. J'ai aussi une amitié sans limite pour celui
de vous qui me signale ce site.
Mais tout de même, Larrouturou travaille à
changer le PS de l'intérieur. Est-ce bien raisonnable
?
Un extrait des échanges avec
Larrouturou
"Question de :
Internaute
Comment peut-on être
économiste et partisan de la motion de B.Hamon qui critiquer à tout va les
mécanismes de marché?
Réponse : Ce n´est pas les mécanismes du marché que
nous critiquons. C´est l´absence de règles du jeu. Ford, le patron des
automobiles Ford, était un vrai patron mais il expliquait qu´il fallait des
règles du jeu pour que tous les patrons soient obligés d´augmenter régulièrement
les salaires. Sinon, chacun a tendance à bloquer les salaires et la consommation
s´effondre. Un corps social, comme un corps humain, a besoin de régulation.
Quand vous avez 37°C, vous êtes bien. Quand vous avez 39°, vous avez mal à la
tête. A 41°, vous allez à l´hôpital... Il n'y´ a que 4° de différence mais ça
change tout. Quand la part des salaires dans le PIB diminue de 11% dans tous les
pays occidentaux, des millions de familles souffrent au quotidien et l´ensemble
de l´économie peut tomber en récession par manque de consommation. Ce n´est pas
le marché que nous critiquons. C´est l´absence de règles.
"