Lettre [alerte] - 17 avril 2008

Plan de la lettre :
1 Alerte
Privatisation des profits, socialisation des pertes, ce n'est pas fini
Vie, fin de vie et mort, information
Urgent : Fichage généralisé, ce n'est qu'un début
2 Au fil des jours, des lectures et des navigations
Les statues meurent aussi
Etranges étrangers
Torchons et serviettes
Pourquoi et comment le monde devient numérique
Intéressant ?
3 Citations et réactions
Vie, fin de vie et mort, réaction
Travail, famille

 
La cerise sur le gâteau passe un peu inaperçue lorsqu'elle est posée sur un gâteau aux cerises. (Le chat, Philippe Gelück)
 
Vous faites partie d'une liste de 15 amis, constituée de façon purement arbitraire,  dont je pense que peut-être mes préoccupations sur l'avenir de la démocratie et l'état de la société  (que ça ! ...) peuvent les intéresser.
Les messages sont repérés par [alerte] dans l'objet, ce qui vous permet de ne pas les lire. Vous pouvez aussi sans problème demander à être rayé de la liste.
Réactions ou contributions bienvenues. Diffusion libre et bienvenue. JM Bérard
 
Plan de la lettre :
1 Alerte
Privatisation des profits, socialisation des pertes, ce n'est pas fini
Vie, fin de vie et mort, information
Urgent : Fichage généralisé, ce n'est qu'un début
2 Au fil des jours, des lectures et des navigations
Les statues meurent aussi
Etranges étrangers
Torchons et serviettes
Pourquoi et comment le monde devient numérique
Intéressant ?
3 Citations et réactions
Vie, fin de vie et mort, réaction
Travail, famille
 
 
 
 
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Alerte
 
Privatisation des profits, socialisation des pertes, ce n'est pas fini...
 
Dans Libération du 9 avril 2008, un entretien avec Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE ("organisation des trente pays les plus développés").
 
"Les milliards de dollars de pertes évoqués sont hallucinants. Et ce n'est pas fini. [....] Les règles de régulation n'ont pas été respectées, ou n'étaient pas assez strictes. "
Et puis, à nouveau, un leitmotiv seriné comme une évidence : "la question de la privatisation des profits et de la nationalisation des pertes ne se pose pas aujourd'hui : il fallait le faire." Cela réfère aux décisions des banques d'Etat de sauver de grandes banques privées en faillite, en Allemagne, en Grande Bretagne et aux USA. La question de la privatisation des profits et de la socialisation des pertes ne se pose pas : il fallait le faire. S'il le dit, on est rassuré... Il y a plusieurs années en France, les contribuables avaient déjà sauvé à grands frais le Crédit Lyonnais. Il fallait le faire. Ou, au présent, faut l'faire !
Suite de l'entretien, enfin la vérité se profile : "on va donc sauver le système, et puis la créativité (?), la cupidité, l'ambition iront toujours plus vite que l'encadrement possible. Dans le monde de la finance, on n'est jamais deux pour danser le tango de la rationalité."
Bon, tout en protestant contre cette vision un peu réductrice du tango,  j'insiste : c'est le secrétaire général de l'OCDE, pas un altermondialiste frénétique.
 
Dans les prochains numéros, la suite de cet insoutenable suspense : pour survivre, le capitalisme libéral doit-il se détruire, et réciproquement ?
 
Vie, fin de vie et mort, information
 
Le lien pour voir et entendre l'entretien du philosophe J. Ricot sur la fin de vie est
Je ne sais pour combien de temps ce lien informatique est valide.
 
Cela dit, comme les liens informatiques, les liens entre les personnes meurent aussi. Ou alors il faut en prendre beaucoup soin, comme d'une petite plante fragile au printemps. Et justement c'est le printemps.
 
Urgent : Fichage généralisé, ce n'est qu'un début
 
Le fichier STIC est tenu par la police. Peuvent y figurer, sans même le savoir, les personnes suspectes, témoins ou victimes d'un délit. Dans les précédentes lettres, nous parlions des énormes atteintes aux libertés que contient déjà ce fichier. Bonne nouvelle, il va être modifié. Mauvaise nouvelle, la nouvelle version est telle que même la commission de l'informatique et des libertés (CNIL) s'en inquiète, et a posé des questions à Mme Alliot-Marie. Ce fichier désormais nommé Ariane et fonctionnant grâce au logiciel Ardoise contiendra des renseignements (entrés par la police) dont le fichage était jusque là interdit : la personne est-elle syndicaliste, est-elle homosexuelle, est-elle handicapée ? Je crois bien que nous  devrons en reparler, ce n'est qu'un début.
 
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Au fil des jours, des lectures et des navigations
 
- Les statues meurent aussi
 
Comme l'expression "les liens meurent aussi" que j'ai employée un peu plus haut sonnait familièrement à mon oreille, j'ai cherché, et je vous fais partager mes trouvailles.
Les statues meurent aussi est le titre d'un documentaire réalisé en 1953 par Resnais et Marker. Il posait la question de l'attitude coloniale à l'égard de l'art et de la civilisation des pays colonisés. Du coup, il a été interdit pendant 8 ans (8 ans !) en France. Il commençait par la phrase suivante : « Quand les hommes sont morts, ils entrent dans l'histoire. Quand les statues sont mortes, elles entrent dans l'art. Cette botanique de la mort, c'est ce que nous appelons la culture. »
Source Wikipedia avril 2008.
 
- Etranges étrangers
 
Les trente membres de l'équipage du voilier retenu en otage par des pirates ont été libérés. France-info, qui décidément sur cette affaire n'en manque pas une, nous informe que "les familles et les amis des 22 membres français de l'équipage sont soulagés". Les huit autres membres de l'équipage ne sont pas français. Peut-être même, horreur, sont-ils étrangers ? Ces gens là n'ont ni sensibilité ni émotion : leurs familles et leurs amis n'étaient pas inquiets, ils ne peuvent donc pas être soulagés.
 
- Torchons et serviettes
 
Synthèse d'un éditorial de Philippe Val sur France Inter : la banderole insultant les gens du Nord, déployée dans un stade par les "supporteurs" d'un club de foot, suscite l'indignation et la révolte nationale. Ces mêmes "supporteurs", depuis des années, crient des insultes ou déploient des banderoles racistes à l'égard des joueurs noirs, arabes ou à l'égard de l'équipe d'Israël. Bêtement, cette fois-ci, ils s'en prennent aux bons français que sont les ch'tis. Là, ils ont franchi la limite et méritent l'indignité nationale, la réprobation du président de la république et une semaine d'interdiction de stade.
 
- Pourquoi et comment le monde devient numérique
 
Le problème de l'accusé réception évoqué dans ma lettre précédente n'est pas humoristique, c'est un vrai problème d'informatique : comment deux interlocuteurs peuvent-ils être sûrs que chacun sait que le récepteur a reçu le message envoyé par l'émetteur ? Certes en recevant un message je peux accuser réception, mais comment puis-je être sûr que l'autre a reçu l'accusé réception ? Il peut accuser réception, mais comment peut-il être sûr que j'ai reçu l'accusé réception de l'accusé réception ? Et l'on voit que c'est un problème sans fin. Ce n'est pas crucial pour la vie courante mais cela peut l'être pour des décisions critiques (santé, sécurité, armée). Et surtout cela conditionne la sécurité des protocoles des échanges entre les circuits et les logiciels qui font fonctionner les machines.
Une solution a, entre autres, été donnée par G. Berry, professeur au collège de France, dans l'un des huit cours qu'il a dispensés cette année sous le titre "Pourquoi et comment le monde devient numérique ? ". Comme les cours sont en ligne en vidéo, et pas par écrit, j'ai du mal à les visionner tous pour trouver la démonstration.
 
Cela dit, si vous n'avez pas le temps non plus, je vous souhaite de regarder du moins la leçon inaugurale,  destinée vraiment à tous et pas seulement aux spécialistes :
Cette leçon est aussi éditée chez Fayard, sous le titre "Pourquoi et comment le monde devient numérique ?".
 
- Intéressant ? à vous de voir
 
 
 
 
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Citations et réactions
 
- Réaction de l'une des personnes membres de la liste à mes propos sur "vie, fin de vie et mort" de la précédente lettre
 
"Je ne partage pas la pensée de J. Ricot, du moins telle que tu nous la transmets. Je ne pense pas que cela soit contraire  à la dignité humaine que de choisir de mourir et de mourir lorsqu'une profonde déchéance inéluctable est à l'œuvre en soi, comme l'a fait récemment l'écrivain belge Hugo Claus. Bien entendu s'il s'agit d'un choix libre et conscient du sujet. Je rejoins en cela les positions de l'ADMD (Droit à mourir dans la dignité)."
 
 
- Travail, famille
 
En pièce jointe, dessin envoyé par l'une des personnes membres de la liste.