La cerise sur
le gâteau passe un peu inaperçue lorsqu'elle est posée sur un gâteau aux
cerises. (Le chat, Philippe Gelück)
Vous faites partie d'une liste de 15 amis, constituée de façon
purement arbitraire, dont je pense que peut-être mes préoccupations sur
l'avenir de la démocratie et l'état de la société (que ça ! ...) peuvent les
intéresser.
Les messages sont repérés par [alerte] dans l'objet, ce qui vous
permet de ne pas les lire. Vous pouvez aussi sans problème demander à être rayé
de la liste.
Réactions ou contributions bienvenues. Diffusion libre et bienvenue. JM
Bérard
Plan de la lettre :
1 Alerte
Privatisation des profits, socialisation des
pertes, ce n'est pas fini
Vie, fin de vie et mort, information
Urgent : Fichage généralisé, ce n'est qu'un début
2 Au fil des jours, des lectures et des navigations
Les statues meurent aussi
Etranges étrangers
Torchons et serviettes
Pourquoi et comment le monde devient numérique
Intéressant ?
3 Citations et réactions
Vie, fin de vie et mort, réaction
Travail, famille
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Alerte
Privatisation des profits,
socialisation des pertes, ce n'est pas fini...
Dans Libération du 9 avril 2008, un
entretien avec Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE ("organisation des
trente pays les plus développés").
"Les milliards de dollars de pertes évoqués sont
hallucinants. Et ce n'est pas fini. [....] Les règles de régulation n'ont pas
été respectées, ou n'étaient pas assez strictes. "
Et puis, à nouveau, un leitmotiv
seriné comme une évidence : "la question de la privatisation des profits et
de la nationalisation des pertes ne se pose pas aujourd'hui : il fallait le
faire." Cela réfère aux décisions des banques d'Etat de sauver de grandes
banques privées en faillite, en Allemagne, en Grande Bretagne et aux USA. La
question de la privatisation des profits et de la socialisation des pertes ne se
pose pas : il fallait le faire. S'il le dit, on est rassuré... Il y a plusieurs
années en France, les contribuables avaient déjà sauvé à grands frais le Crédit
Lyonnais. Il fallait le faire. Ou, au présent, faut l'faire !
Suite de l'entretien, enfin la vérité
se profile : "on va donc sauver le système, et puis la créativité
(?), la cupidité, l'ambition iront toujours plus vite que l'encadrement
possible. Dans le monde de la finance, on n'est jamais deux pour danser le tango
de la rationalité."
Bon, tout en protestant contre cette vision
un peu réductrice du tango, j'insiste : c'est le secrétaire général de l'OCDE,
pas un altermondialiste frénétique.
Dans les prochains numéros, la suite de
cet insoutenable suspense : pour survivre, le capitalisme libéral doit-il se
détruire, et réciproquement ?
Vie, fin de vie et mort,
information
Le lien pour voir et entendre l'entretien du
philosophe J. Ricot sur la fin de vie est
Je ne sais pour combien de temps ce lien informatique est valide.
Cela dit, comme les liens informatiques, les liens entre les personnes
meurent aussi. Ou alors il faut en prendre beaucoup soin, comme d'une petite
plante fragile au printemps. Et justement c'est le
printemps.
Urgent : Fichage généralisé, ce n'est qu'un
début
Le fichier STIC est tenu par la police. Peuvent y figurer, sans même le
savoir, les personnes suspectes, témoins ou victimes d'un délit. Dans les
précédentes lettres, nous parlions des énormes atteintes aux libertés que
contient déjà ce fichier. Bonne nouvelle, il va être modifié. Mauvaise nouvelle,
la nouvelle version est telle que même la commission de l'informatique et des
libertés (CNIL) s'en inquiète, et a posé des questions à Mme Alliot-Marie. Ce
fichier désormais nommé Ariane et fonctionnant grâce au logiciel Ardoise
contiendra des renseignements (entrés par la police) dont le fichage était
jusque là interdit : la personne est-elle syndicaliste, est-elle homosexuelle,
est-elle handicapée ? Je crois bien que nous devrons en reparler, ce n'est
qu'un début.
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Au fil des jours, des lectures et
des navigations
- Les statues meurent
aussi
Comme l'expression "les liens meurent aussi" que
j'ai employée un peu plus haut sonnait familièrement à mon oreille,
j'ai cherché, et je vous fais partager mes trouvailles.
Les statues meurent aussi
est le titre d'un documentaire réalisé en 1953 par Resnais et Marker. Il
posait la question de l'attitude coloniale à l'égard de l'art et de la
civilisation des pays colonisés. Du coup, il a été interdit pendant 8 ans (8 ans
!) en France. Il commençait par la phrase suivante : « Quand les hommes sont morts, ils entrent dans l'histoire. Quand
les statues sont mortes, elles entrent dans l'art. Cette botanique de la mort,
c'est ce que nous appelons la culture. »
Source Wikipedia avril
2008.
- Etranges étrangers
Les trente
membres de l'équipage du voilier retenu en otage par des pirates ont été
libérés. France-info, qui décidément sur cette affaire n'en manque pas une, nous
informe que "les familles et les amis des 22 membres français de l'équipage sont
soulagés". Les huit autres membres de l'équipage ne sont pas français. Peut-être
même, horreur, sont-ils étrangers ? Ces gens là n'ont ni sensibilité ni émotion
: leurs familles et leurs amis n'étaient pas inquiets, ils ne peuvent donc pas
être soulagés.
- Torchons et serviettes
Synthèse d'un
éditorial de Philippe Val sur France Inter : la banderole insultant les gens du
Nord, déployée dans un stade par les "supporteurs" d'un club de foot, suscite
l'indignation et la révolte nationale. Ces mêmes "supporteurs", depuis des
années, crient des insultes ou déploient des banderoles racistes à l'égard des
joueurs noirs, arabes ou à l'égard de l'équipe d'Israël. Bêtement, cette
fois-ci, ils s'en prennent aux bons français que sont les ch'tis. Là, ils ont
franchi la limite et méritent l'indignité nationale, la réprobation du président
de la république et une semaine d'interdiction de
stade.
- Pourquoi et comment le monde
devient numérique
Le problème de l'accusé réception évoqué dans ma
lettre précédente n'est pas humoristique, c'est un vrai problème
d'informatique : comment deux interlocuteurs peuvent-ils être sûrs que chacun
sait que le récepteur a reçu le message envoyé par l'émetteur ? Certes en
recevant un message je peux accuser réception, mais comment puis-je être sûr que
l'autre a reçu l'accusé réception ? Il peut accuser réception, mais comment
peut-il être sûr que j'ai reçu l'accusé réception de l'accusé réception ? Et
l'on voit que c'est un problème sans fin. Ce n'est pas crucial pour la vie
courante mais cela peut l'être pour des décisions critiques (santé, sécurité,
armée). Et surtout cela conditionne la sécurité des protocoles des échanges
entre les circuits et les logiciels qui font fonctionner les machines.
Une solution a, entre autres, été donnée par G.
Berry, professeur au collège de France, dans l'un des huit cours qu'il a
dispensés cette année sous le titre "Pourquoi et comment le monde devient
numérique ? ". Comme les cours sont en ligne en vidéo, et pas par écrit, j'ai du
mal à les visionner tous pour trouver la démonstration.
Cela dit, si vous n'avez pas le temps non plus,
je vous souhaite de regarder du moins la leçon inaugurale, destinée vraiment à
tous et pas seulement aux spécialistes :
Cette leçon est aussi éditée chez Fayard, sous
le titre "Pourquoi et comment le monde devient numérique ?".
- Intéressant ? à vous de
voir
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Citations et réactions
- Réaction de l'une des personnes membres de la liste à mes propos sur
"vie, fin de vie et mort" de la précédente lettre
"Je ne
partage pas la pensée de J. Ricot, du moins telle que tu nous la transmets. Je
ne pense pas que cela soit contraire à la dignité humaine que de choisir de
mourir et de mourir lorsqu'une profonde déchéance inéluctable est à l'œuvre en
soi, comme l'a fait récemment l'écrivain belge Hugo Claus. Bien entendu s'il
s'agit d'un choix libre et conscient du sujet. Je rejoins en cela les positions
de l'ADMD (Droit à mourir dans la dignité)."